Stéphanie Quéré, attachée de presse du Conseil Régional d’Auvergne
Publié par Alexandra dans Mes interviewsStéphanie Quéré, chargée des relations presse au Conseil régional d’Auvergne a accepté de répondre à quelques questions concernant son parcours, son métier … Interview à lire sans modération !!!
Tout d’abord, pouvez vous vous présenter ?
Stéphanie Quéré, 30 ans, attachée de presse du Conseil régional d’Auvergne depuis février 2005.
Quel est votre parcours ?
Après mon bac obtenu en Bretagne, j’ai intégré Sciences Po Paris en 1994, un peu par hasard. Je ne savais pas trop ce que je voulais faire professionnellement parlant (jusqu’au dernier trimestre de terminale, je voulais faire médecine !) et c’est une école qui a l’avantage d’être encore très généraliste. J’ai choisi l’option « Communication institutionnelle et politique », là encore un peu par hasard. Au cours de ces trois ans, j’ai enchaîné stages en politique de la ville à Brest, au Centre national du Théâtre et boulots de bibliothécaire, d’hôtesse d’office de tourisme, de standardiste d’entreprise, d’attachée parlementaire pour mettre un peu de beurre dans les épinards.
Je suis ensuite partie sur Reims pour préparer un DESS (master pro) « Administration locale, développement local et culturel » à la Fac de droit. Pas le temps de soutenir mon mémoire, Athéna, l’agence régionale du théâtre en Auvergne, avec qui j’avais travaillé lors de mon stage au Centre national du théâtre en 1996 sur l’organisation de rencontres sur le théâtre en milieu rural, me propose de venir travailler à Clermont-Ferrand. Deux heures pour donner ma réponse, je débarque dix jours plus tard en Auvergne en avril 1999 et j’y suis depuis !
4 ans à Athéna, en tant que chargée de mission, où je m’occupe de conseil aux collectivités territoriales en matière de développement de politiques culturelles (mise en place de saisons culturelles, de festivals, construction ou rénovation de lieux de diffusion), mais aussi un peu de communication avec la création et le suivi d’une publication d’information culturelle « L’échotier du Massif ».
A force de conseiller les collectivités sans pouvoir ensuite mettre en place les actions suggérées, j’ai eu envie d’y travailler. J’ai donc passé le concours d’Attaché territorial (cadre de la fonction publique territoriale) en 2002. Le temps de gérer une transition à Athéna (le Directeur partait en même temps que moi) et de trouver un poste intéressant, je débarque au Conseil régional d’Auvergne, comme déléguée territoriale à la formation professionnelle continue en avril 2003.
Point intéressant peut-être, je ne connaissais rien au milieu de la formation et j’ai été recrutée car mes compétences étaient « transférables » : contact, diplomatie, construction de projets… Je pense que c’est une donnée fondamentale, et un conseil, ne pas se laisser cloisonner dans un domaine et oser bouger !
En résumant grossièrement, il s’agissait alors pour moi d’acheter des formations pour des demandeurs d’emploi en analysant les besoins de recrutement des entreprises locales. Beaucoup de route (je gérais le Cantal et les bassins de Thiers et d’Ambert), beaucoup de belles rencontres professionnelles et personnelles, et de vraies satisfactions professionnelles avec l’impression de remplir une véritable mission de service public.
Tout cela pour en arriver à ce qui nous intéresse, le poste que j’occupe aujourd’hui. Le directeur de cabinet de Pierre-Joël Bonté, Simon Pourret, avec qui j’avais été en contact lorsque je travaillais à Athéna, m’a proposé fin 2004 de prendre le poste d’attachée de presse à la Région et je n’ai pas pu refuser !
Qu’est ce qui vous a donné envie de faire ce métier ?
C’est effectivement mon métier aujourd’hui mais je ne pense pas que je l’exercerai toute ma vie professionnelle. Dans ce qui m’intéressait avant d’accepter le poste, je dirais l’envie de toucher à tout. Quand on est attachée de presse à la Région, on parle un jour de développement de l’apprentissage, le lendemain de Vulcania, le surlendendemain de politique de l’environnement, de transport régional ou de construction d’un nouveau lycée. Bref, on est au cœur des choses. Sans être spécialiste d’un domaine, je suis finalement une des personnes qui connaît le mieux les dossiers régionaux. Parallèlement, on est en relation avec beaucoup de personnes différentes : élus, techniciens, journalistes. C’est parfois difficile à gérer mais c’est vraiment enrichissant.
Aujourd’hui, au-delà du plaisir du foisonnement, je rajouterais le désir de faire connaître au plus grand nombre ce qui se fait au sein des collectivités. On le sent presque comme un devoir quand on voit le peu d’intérêt ou pire, de crédibilité, que les citoyens accordent aux politiques. Je crois qu’il est important de montrer ce que l’on fait avec l’argent public, qu’on réhabilite la notion de service public. Pour donner envie aux citoyens de participer, de s’engager, il faut lui montrer que l’action publique est utile, que les élus font des choix, qui peuvent être discutés, qui doivent être discutés, dont ils sont responsables devant les électeurs, mais qui sont réels. Rien de pire que de laisser penser qu’on ne peut rien changer.
Pouvez vous décrire une journée type?
Démarrage pas trop tôt : vers 9h15 même si il y a souvent déjà des coups de fil sur le portable (instrument indispensable). Point avec le Directeur de la Communication sur les dossiers en cours (débriefing du point presse de la veille, point sur les dossiers en cours, sur la réunion de Cabinet à laquelle lui seul participe…). Récupération des informations techniques auprès d’un service et rédaction d’un dossier de presse (3/4 jours avant l’événement). Rédaction et envoi d’une invitation presse (7 jours avant l’événement). Accueil des journalistes sur une inauguration ou une présentation de projet. Organisation d’interview d’élus (Président ou vices-présidents) par téléphone ou en face à face. Après 18h : réponse aux mails reçus et fin de la rédaction du dossier de presse en cours, quand tout est calme. Départ du bureau : entre 20h et 21h.
Quel est selon vous le secret d’une campagne de relations presse réussie ?
Ce que je n’arrive malheureusement pas souvent à faire : prendre le temps.
Le temps de bien travailler son sujet, de se renseigner sur ce qui se passe concrètement sur le terrain (nom d’acteurs pouvant témoigner), sur ce qui se passe dans d’autres régions… Et après l’événement (conférence de presse, inauguration…), faire un communiqué avec quelques contacts « terrain » pour que les médias qui n’ont pas pu être présents puissent traiter le sujet, autrement qu’en reprenant le communiqué.
Qu’est ce qui fait la spécificité des relations presse dans une collectivité comme une région ?
Deux choses :
Le fait qu’on travaille à la fois pour une institution (la Région) et pour des élus (autant d’individualités) et ce qu’il nous semble important de mettre en avant pour l’institution n’est pas forcément ce sur quoi les élus veulent insister, et inversement.
Comme je le disais tout à l’heure la diversité des sujets abordés (finances publiques, projets culturels, politique sportive, filière bois, transport, installation agricole, formations de demandeurs d’emploi, lycées, aides aux entreprises…), qui peut faire un peu peur au début, mais qui est l’intérêt même de ce poste.
Que préférez vous dans votre métier ? et qu’aimez vous le moins ?
Bien que fonctionnaire, je n’ai absolument aucun travail administratif à faire, et ça c’est un vrai plaisir. Ensuite, ce qui me procure le plus de satisfactions et ce qui me déçoit le plus sont très liés. Je suis ravie quand on arrive à susciter l’intérêt sur un sujet qui peut paraître difficile, pas très grand public. Et donc déçue quand ça n’arrive pas. Et il est vrai que ce ne sont pas les sujets qui nous semblent les plus intéressants qui attire le plus la presse.
Je comprends les journalistes qui sont hyper sollicités, à qui on n’accorde pas de temps pour faire du reportage, approfondir les sujets et les suivre sur la durée. Pour moi, comme pour les journalistes j’imagine, la question du temps est frustrante. Car le temps de la communication n’est pas celui de l’action : on est dans l’immédiateté, le prêt à consommer, le zapping, on « lance » les choses, mais on ne peut pas s’autoriser la comparaison, on ne suit pas les mises en œuvre concrètes et on communique peu sur les bilans.
Je pense qu’on pourrait faire les choses différemment, plus intelligemment si j’ose dire, mais je n’ai pas encore trouvé la solution !
Y a t-il un type de média avec lequel vous préférez travailler ?
La radio. C’est encore, je crois, un espace de liberté. C’est aussi le média par lequel j’aime être informée. Le public touché est plus large que celui de la presse écrite. La télévision quant à elle est moins subtile, a besoin de sujets télégéniques et impressionne presque trop celui qui est interviewé. La spontanéité est rarement là. Par contre, j’adore le travail d’un garçon comme Kamel Tir sur France 3, que je n’ai par ailleurs jamais rencontré. Mais son utilisation de la musique, du décalage, sa façon de créer des ambiances sont sans doute proche de ce qui me plait dans la radio : la suggestion, le questionnement plutôt que l’image choc ou la démonstration par le raccourci.
Ça me plait de pousser les élus à répondre aux sollicitations de toutes les radios. Souvent eux ne sont attentifs qu’à France 3, à France Bleu, à la Montagne. Mais je pense qu’il est important de toucher d’autres personnes, les jeunes en particuliers. Les régions ont en charge les lycées, l’apprentissage, la formation professionnelle, les transports régionaux, nous avons aussi des actions dans les domaines sportifs, culturels… Et les jeunes journalistes des stations de radio osent poser les questions qui dérangent, exiger des élus des explications claires… Il y a pas mal de stagiaires dans les stations de radio, on leur confie tout de suite du travail de terrain et je pense que, pour tous ceux qui veulent travailler dans la communication, c’est une excellente école.
Quel regard portez vous sur l’évolution de la communication et des relations presse en particulier ?
Dans mes rêves, les relations presse sont à l’opposé d’une campagne de publicité. Je pense que l’objectivité n’existe pas mais je pense qu’on peut faire son travail honnêtement. La grande concurrence entre les messages pousse de plus en plus les collectivités territoriales à faire de la communication, du marketing… jusqu’à parfois « contaminer » également la fonction de relations presse. Il faudrait faire « accrocheurs », forcer le trait, inviter la presse tous les jours pour les inonder d’information, faire un peu pression sur les journalistes… Je suis fondamentalement contre mais force est de constater que malheureusement ça marche ! La santé financière des médias est aussi quelque chose qui me pose soucis. Quand les médias ont besoin des gros annonceurs comme par exemple Danone ou Peugeot, on peut douter de leur capacité à critiquer la composition des yaourts ou le rapport qualité/prix du dernier cabriolet. Ca ne me semble pas être plus grave que cela (on n’est pas totalement dupe des tests produits de beauté de Elle). Quand ce sont les collectivités locales ou l’Etat qui prennent des pages de pub, financent des émissions, ça me fait un peu peur pour la démocratie, l’indépendance des médias, même si je sais qu’on peut compter sur la vigilance des journalistes.
Internet est un nouveau moyen de s’informer qui a d’ailleurs parfois fait mal à la santé financière de presse écrite. Alors que je ne pourrais pas travailler sans, je pense que je gère aujourd’hui très mal ce média, alors que je pourrais mettre des informations sur le site de la Région (où il n’y a pas d’espace presse pour l’instant) ou, en connaissant bien les sites existants, leur transmettre des informations ciblées.
Quel est votre meilleur souvenir ?
Dûr… Je crois qu’à chaque fois que je croise des journalistes pas grognons qui me disent que le sujet traité est vraiment intéressant et avec qui on peut échanger sérieusement, qui me demande comment on pourrait approfondir la question, sans qu’ils me prennent pour la jeune fille blonde qui fait les photocopies, distribue les dossiers en souriant et essaie de leur « vendre » sa lessive, ça me laisse de très bons souvenirs professionnels !
Dans l’ambiance habituelle du « rien ne va », « tous pourris », « les fonctionnaires sont des fainéants », je crois que je suis heureuse quand je vois des journalistes qui s’intéressent aux choses qui marchent et qui me dise comme Alexandra, de Radio Scoop, « c’est bien de montrer qu’on fait des choses originales en Auvergne » (à propos d’un projet sur la mobilité des jeunes en Europe).
Sinon, une anecdote. Nuno Corvacho, journaliste au Publico (Le Monde portugais), à Clermont-Ferrand pour Europavox, m’a dit que je n’étais pas l’attachée de presse du Conseil régional mais celle de l’Auvergne, compliment qui a ravi la Bretonne, amoureuse de l’Auvergne, que je suis.
Quel(s) conseil(s) pourriez vous donner à des étudiants en communication?
Une règle d’or : on est toujours au service des journalistes et jamais l’inverse (du coup, eux ont le droit d’être capricieux)
Etre patient car la crédibilité vient avec le temps
Ne pas attendre de reconnaissance (ni des journalistes, ni des élus pour qui, bien évidemment, la couverture presse n’est jamais suffisante)
Etre honnête et oser dire non
Etre curieux. En savoir plus que son sujet.
Etre et rester enthousiaste.
Avez vous des livres à conseiller ?
Si c’est en matière de communication, non. Sinon, oui, plein de romans, mais on sortirait vraiment du sujet.

Bulletins (RSS)